lundi 30 juillet 2012

CHRIS MARKER (1921-2012)



“Faudrait alléger votre vocabulaire. “Artistique”, “prophétiser”, tout ça ne me ressemble pas. Je m’en tiens au bricolage, avec ce qu’il y a d’honorable dans l’artisanat.”




- Sergei Murasaki (alias Chris Marker, alias Christian-François Bouche-Villeneuve, dans cette rare - et très chouette - entrevue accordée virtuellement aux Inrocks via le site Second Life: 
( http://www.lesinrocks.com/2008/04/29/cinema/la-seconde-vie-de-chris-marker-1151546/ )

dimanche 10 juin 2012

LA FIN DES CHOSES sur "COSMOPOLIS" et "LE CHEVAL DE TURIN"

Difficile d’imaginer deux films plus différents...

D’un côté, le Cosmopolis de David Cronenberg, résolument contemporain, archi-bavard et on ne peut plus urbain; de l’autre, Le Cheval de Turin de Béla Tarr, quasi-moyennageux, presque sans dialogue et planté dans une campagne totalement coupée du monde.

Pourtant, ces deux films partagent plusieurs choses; à commencer par le fait de tourner autour d’un moyen de se déplacer - une limousine blanche, qui est coincée dans le trafic, chez Cronenberg; un cheval noir, qui ne peut plus avancer, chez Béla Tarr. Ça, et une incontestable atmosphère de fin du monde - celui de capitalisme le plus sauvage, chez le premier, celui de la misère la plus noire, chez le second.

MASQUES ou CE QU'IL RESTE DE L'ACTEUR DANS LE "BLOCKBUSTER" HOLLYWOODIEN

© Warner Bros.
Ce texte a été écrit en 1991 (Ouch!) pour aborder la transformation (et la redéfinition) de la place de l'acteur dans le cinéma hollywoodien. Bien que très daté par ses exemples, il me semble malheureusement toujours d'actualité...

Ce qui reste de l'acteur dans le cinéma américain d'aujourd'hui, c'est ce qui reste de Peter Weller dans RoboCop: un morceau d'humanité masqué, cherchant à contrôler un corps de métal pré-programmé.

Après avoir longtemps été le médium privilégié par lequel l'émotion rejoignait le spectateur, l'acteur n’est maintenant plus qu'un élément audio-visuel parmi d'autres, auquel on demande de se fondre comme il peut à la matière du film. Souvent relégué à la périphérie de l’image et parfois du récit - même lorsqu'il en est le protagoniste principal, comme dans Batman - l'acteur est désormais à la fois réacteur et spectateur. En ce sens, le protéiforme Darkman représente l'acteur type des années 90: un chercheur solitaire, défiguré par l'industrie qui veut (littéralement) sa peau, et qui doit perpétuellement changer d'identité s'il veut survivre.

dimanche 3 juin 2012

CHARLOTTE, ALBERT ET LES AUTRES sur «LAURENCE ANYWAYS»


© Alliance Vivafilm
L’image que l’on a de soi.

Le regard que les autres portent sur nous.

L’apparence que l’on a toujours rêvé d’avoir.

L’idée que les autres s’en font…

Bien avant de parler de changement de sexe, d’amour ou de couple, Laurence Anyways est un film sur le regard, l’image et la perception.

Tout au long de l’entrevue qui encadre le film (elle s’amorce dès le début et se termine presque à la fin), Laurence Alia (Alia = différent, transformé, en latin) plaide en quelque sorte pour une morale du regard.

De la séquence d’ouverture (qui nous montre, de son point de vue, le regard des étrangers que Laurence – devenue femme - croise sur son chemin), à l’avant-dernière scène (où Laurence reproche à la journaliste qui l’interviewe d’éviter son regard, expliquant qu’elle a besoin du regard des autres car nous avons tous «besoin d’air pour respirer»), Laurence soulève des questions importantes, tant sur le plan humain que cinématographique. Des questions qui m’auraient sans doute passionné si Laurence ne pêchait pas en refusant justement aux autres ce qu’elle réclame constamment (et à juste titre) pour elle-même: le droit d’être regardé sans jugement, à part entière, pour ce qu’elle est - un être humain.

mardi 22 mai 2012

REVOIR «LE BANQUET»

Tout est là…

Le carré rouge.

La grève étudiante.

Le pont Jacques-Cartier bloqué par les manifestants.

Jusqu’aux marches nocturnes sur la rue Sainte-Catherine avec l’anti-émeute qui charge dans la foule…

Tout est là, mais dans un film de 2008, signé Sébastien Rose.

Le film s’appelle Le Banquet, et s’il n’est pas passé inaperçu à sa sortie, on ne peut pas vraiment dire qu’il ait été très remarqué non plus. À tel point que peu d’observateurs ont jugé bon de revenir sur ce film qui semble avoir pourtant aujourd’hui quelque chose de prophétique.

En quoi? Regardons un peu l’histoire…

QUAND LES CINÉASTES SE CRITIQUENT ENTRE EUX (DEUXIÈME PARTIE)

Claude Chabrol © dr
Suite et fin du texte de la semaine dernière rassemblant les jugements les plus discutables de certains des cinéastes les plus respectés sur des œuvres généralement incontestées.

Comme dans le volet précédent, vous y retrouverez des blocages révélateurs, des oppositions surprenantes, des jugements de valeur parfaitement gratuits et des discours révélant des visions diamétralement opposées du cinéma.

Preuve additionnelle qu’on ne peut décidément pas plaire à tout le monde, que l’on s’appelle Chaplin, Kubrick, Wilder ou Fellini…

jeudi 10 mai 2012

«LA GRANDE FINALE OÙ TOUT EXPLOSE»

The Avengers © Disney / Marvel / Paramount
On y a eu droit la semaine dernière avec The Avengers.

On y a eu droit encore cette semaine avec Dark Shadows.

Et on la retrouvera sans l’ombre d’un doute dans Battleship, Total Recall, The Amazing Spider-Man, Men in Black III, The Dark Knight Rises, G.I. Joe Retalliation et Prometheus (pour ne parler que des films le plus attendus).

De quoi s’agit-il?

De «La Grande Finale Où Tout Explose» - cette séquence-monstre, cette boursoufflure gigantesque, qui semble désormais occuper la dernière demi-heure de tout bon (ou mauvais) «blockbuster», celle où tout – «Absolument TOUT!!!», comme on dit dans les ventes de feu – doit partir, c'est-à-dire flamber, exploser puis virevolter (en direction de la caméra, autant que possible), jusqu’à ce que le spectateur soit sonné, abruti et groggy au point de la soumission, jusqu’à ce qu’il dise enfin, épuisé mais repus, «O.k., ça y est, cette fois j’en ai assez!», du moins jusqu’à sa prochaine dose (qui lui sera immanquablement livrée à la fin du prochain «blockbuster», une semaine ou dix jours plus tard, comme l’indispensable «fix» d’un junkie accro à l’explosion perpétuelle de TOUT ce qui est à l’écran)…