mardi 22 mai 2012

QUAND LES CINÉASTES SE CRITIQUENT ENTRE EUX (DEUXIÈME PARTIE)

Claude Chabrol © dr
Suite et fin du texte de la semaine dernière rassemblant les jugements les plus discutables de certains des cinéastes les plus respectés sur des œuvres généralement incontestées.

Comme dans le volet précédent, vous y retrouverez des blocages révélateurs, des oppositions surprenantes, des jugements de valeur parfaitement gratuits et des discours révélant des visions diamétralement opposées du cinéma.

Preuve additionnelle qu’on ne peut décidément pas plaire à tout le monde, que l’on s’appelle Chaplin, Kubrick, Wilder ou Fellini…

Jacques Rivette à propos de Titanic

«Je suis entièrement d’accord avec Jean-Luc (Godard) dans le Elle de cette semaine (numéro du 2 mars): ce film est nul. Cameron n’est pas un méchant, ce n'est pas une ordure comme Spielberg. Cameron voudrait être le nouveau De Mille. Malheureusement, lui non plus n'est pas metteur en scène pour un sou. En plus, l'actrice est épouvantable, irregardable, c’est la fille la plus débandante qu’on ait vue sur un écran depuis longtemps. D’où le succès auprès des petites filles, surtout les Américaines boutonneuses et un peu trop grosses qui y vont en pèlerinage; elles peuvent s’identifier et espérer tomber dans les bras du beau Leonardo.»

(Jacques Rivette – La séquence du spectateur, par Frédéric Bonnaud, Les Inrocks, 25 mars 1998.)

Claude Miller au sujet de Titanic

«Comment est-ce possible? Comment est-il possible que ce roman-photo obèse passe pour un chef d’œuvre? Et tous les beaux esprits qui se repaissent de ce méga-ice cream, de cette avalanche de clichés, alors qu’ils ont minaudé, bouche en cul de poule, devant le noir et âpre Age of Innocence de Scorsese! Navrant! Il faut avoir vu la protagoniste de Titanic adresser «un doigt d’honneur» au méchant joué par David Warner pour le croire! Un doigt d’honneur (comme une héroïne de Tarantino) en 1910? Une jeune femme de la gentry anglaise? Ça va pas, Cameron? Il faut l’avoir vu pour le croire, dis-je, et mesurer ce que la barbarie Mickey nous prépare de vulgarité et d’inculture.»

(«Journal du montage de «La classe de neige»», Claude Miller, Positif, # 448, p.49)


Terry Gilliam au sujet de l’Alice de Tim Burton

«J’avais vu le scénario il y a dix ans et déjà à l’époque je l’avais trouvé mauvais. Il consistait simplement à reprendre les noms de marque comme le chapelier fou, le lièvre de mars, etc. et faire quelque chose qui n’a rien d’autre en commun avec l’histoire originale. Le scénario trahissait même l’œuvre de Lewis Caroll. Il faut faire la différence entre le non-sens et aucun sens. De quoi parle ce film? En lisant le scénario, je me suis dit que c’était la prise de pouvoir par les femmes: une fille intelligente est contrainte de se marier et se réfugie dans l’univers de son enfance et apprend je ne sais quelle leçon qui fait qu’elle revient dans la réalité pour devenir une femme d’affaires en Chine, sans doute impliquée dans la guerre de l’opium. A mon avis elle termine même droguée (rires)! On a vu le même film non (rires)? Je me suis dit que si ce film devenait un succès, j’abandonnerai l’industrie du cinéma. Et ça a été un succès! Je suis maudit (rires)! Je pense que l’industrie du cinéma m’a abandonné (rires)!»


Lars Von Trier © dr
Lars Von Trier sur Delicatessen, Brazil et les films de Peter Greenaway

«Brazil de Terry Gilliam: détesté ! Ou ces français qui ont fait Delicatessen. Je ne supporte pas. C’est maniéré et superficiel, c’est grotesque sans posséder la générosité, la richesse de couleurs et la joie de vivre du grotesque. En revanche, c’est ce que fait très bien Fellini. Je n’ai même pas pu voir Brazil jusqu’au bout. C’est pareil pour les films de Peter Greenaway; ce sont des films sans mystère. L’esthétique y est si poussée que ça en devient lourdingue. Bizarre... Ce sont deux cinéastes auxquels on me compare parfois.»


Peter Greenaway sur la mort du cinéma, Martin Scorsese et Star Wars 

«Si vous tirez dans le cerveau d’un dinosaure un lundi, sa queue bouge encore le vendredi. Le cinéma est cérébralement mort. La date de la mort du cinéma est le 31 septembre 1983, quand la télécommande s’est répandue dans les salons. Le cinéma doit désormais devenir un art interactif, multimédia: l’artiste vidéo Bill Viola vaut dix fois Martin Scorsese. Scorsese est démodé, et il fait les mêmes films que D.W. Griffith faisait au début du siècle dernier. 35 ans de cinéma muet a disparu, plus personne ne le regarde, cela arrivera de la même manière au reste du cinéma. Nous sommes forcés de nous confronter à ce nouveau média, un cinéma interactif qui fera ressembler La Guerre des Étoiles à une séance de lecture à la bougie au XVIe siècle...»

(Peter Greenaway au Festival de Pusan, tel qu'il est rapporté dans "The Independant")


Jacques Rivette sur Hou Hsiao-hsien

«Je continue à penser que les grands cinéastes asiatiques sont japonais, et ce malgré l’inflation critique à propos de l’Asie en général et des cinéastes chinois en particulier. Je les trouve habiles et malins, et j’ai le sentiment qu’ils sont un peu trop habiles et un peu trop malins. Par exemple, Hou Hsiao-hsien m’agace beaucoup, même si j’avais aimé les deux premiers qu’on a vus à Paris: je trouve ses films complètement fabriqués et passablement déplaisants, mais très politiquement corrects. Dans le dernier, c’est tellement systématique que ça redevient intéressant mais, pour moi, c’est quand même du truc. Hou Hsiao-hsien et James Cameron, même combat.»

(La séquence du spectateur, Les Inrocks, par Frédéric Bonnaud, le 25 mars 1998)


Orson Welles et Peter Bogdanovitch discutant de Kenji Mizoguchi

- Peter Bogdanovitch: J'ai sous les yeux une interview de toi publiée en France en 1958 (...). Tu y dis "J'admire beaucoup Mizoguchi"

- Orson Welles: Quoi ?

- PB: Mizoguchi

- OW: Quelle langue parles-tu?

- PB: Tu sais parfaitement qui est Mizoguchi, je te cite.

- OW: J'en doute. Répète-moi ce nom.

- PB: Mizoguchi. Voyons Orson, c'est un grand réalisateur.

- OW: Je ne sais pas ce que je leur ai raconté. Ils ont écrit ce qu'ils ont bien voulu entendre. J'imagine bien comment cela a pu se passer. "Que pensez-vous de Meezagoochee ?". "Ah" j'ai répondu. "Ah", un gros "Ah" approbateur parce que j'étais trop fatigué pour sortir quelque chose de plus élaboré en français: "Meezagoochee... Ah".

- PB: Et la vérité, c'est que tu n'as jamais vu un de ses films?!

- OW: Vous les experts du magnéto, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c'est que ces interviews. Vous ne nous laissez jamais assez de temps, et pas moyen de casser du sucre sur qui que ce soit. Je crois que je m'en prenais à Antonioni à l'époque, et je me suis dit que j'avais intérêt à faire un compliment en vitesse. Et tout ce que j'ai fait, c'est dire "Mizoguchi... Ah"


Pierre Étaix sur Les Clowns de Fellini

Question : «Vous avez joué dans Les Clowns, de Fellini, vous aimez ce film?»

«Je déteste ce film. Je le déteste cordialement pour une raison très simple, c’est qu’il a triché avec la réalité. Il a reconstitué des personnes qui avaient existé et qui étaient d’authentiques clowns. Mais à cette nuance près qu’il ne voulait en aucun cas qu’ils soient risibles. Il voulait montrer la pauvreté des arguments. Fellini partait du principe suivant: un clown, c’était soit un alcoolique, soit un débile mental. Cette image est terrible.»

(Propos recueillis par Stéphane Bou, Charlie Hebdo, No 814, 23 janvier 2007)


Billy Wilder © dr
Billy Wilder sur Limelight

«J’ai vu récemment Limelight à Munich pour la première fois; ça n’avait jamais été présenté sur la Côte Ouest, et j’avais hâte de le voir. Une fille dans notre groupe a dit qu’elle l’avait vu huit fois, et après je lui ai dit que je savais comment elle se sentait, parce que j’avais vu le film une seule fois mais j’avais l’impression que ça en faisait huit. J’ai trouvé ça tout à fait banal et superficiel. Si seulement Chaplin s’en tenait à la comédie. Dans ses films muets, il ne se prenait pas pour un philosophe. Mais avec l’arrivée du son, il s’est mis à philosopher constamment; quand il a finalement pu parler, il était comme un gosse essayant d’écrire des paroles pour la Neuvième de Beethoven. J’étais stupéfait qu’il soit attaqué pour ses convictions politiques et qu’il soit forcé de quitter les États-Unis, car tout ce qu’il disait me semblait si primaire. Ceci dit, il reste un authentique génie, et je tournerai volontiers gratuitement avec lui – si seulement il pouvait se taire.»

(The Playboy Interview: Billy Wilder, par Richard German, Playboy, 1er juin 1963)


Eric Rohmer sur Some Like It Hot

«Certains l’aiment chaud est un film que je n’aime pas du tout. Je trouve ça horrible. D’ailleurs, j’ai peu interviewé de gens célèbres dans ma vie, mais il se trouve que j’ai interviewé Buster Keaton. Il était très âgé et le film venait de sortir. Il m’a dit: “Certains l’aiment chaud, c’est exactement ce que je déteste.” Ça m’avait beaucoup amusé.»

(“Eric Rohmer, le dernier entretien” par Jean-Marc Lalanne, Les Inrocks, le 11 janvier 2010)


Woody Allen © dr
Woody Allen sur Casablanca

«Quand Aljean Harmetz travaillait sur son livre sur Casablanca, elle m’a téléphoné à cause de Play It Again, Sam. Et je lui ai dit, «Je ne suis pas la bonne personne pour en parler, parce que je n’ai jamais été capable de le regarder jusqu’au bout. Je ne l’ai jamais vu, vraiment. Ça n’a tout simplement jamais retenu mon intérêt suffisamment pour le voir d’un bout à l’autre.» Maintenant, les gens qui lisent ça vont se dire «Pour qui cet idiot se prend-il? Vous savez, il fait tous ces films merdiques et il n’est pas capable de regarder jusqu’au bout un film si supérieur à tout ce qu’il a fait». Je ne dis pas que les gens auraient complètement tort de se dire ça. Je ne fais qu’exprimer mon opinion. J’ai beaucoup d’autres opinions qui vous surprendraient et qui me feraient paraître encore plus stupide.»

(«Conversations with Woody Allen» par Eric Lax, Alfred A. Knopf, 2007, p. 255)


Claude Chabrol sur Woody Allen et Visconti

«Woody Allen. Je trouve ses films insupportables. Il est drôle, d’accord, mais moins que Groucho Marx, tout de même. Et puis Visconti... Lui, c'était un cinéaste magnifique, jusqu’à ce qu’il se prenne pour Visconti et qu’il en devienne grotesque. Mort à Venise, par exemple, est l’un des films les plus ridicules jamais tournés.»

(Claude Chabrol, en entrevue dans L’Express, le 15 novembre 2004)


Otar Iosseliani sur Ivan le terrible

«Je n’aime pas la peinture, la belle image qui fait perdre le mouvement. Après avoir vu Ivan le terrible d’Eisenstein, on est fasciné plus par la plastique que par ce qui s’est passé. L’impression du «bien fait» l’emporte sur l’émotion et sur la passion.»

(«(Et) Le Cinéma d'Otar Iosseliani (fut)», de Antony Fiant, L'Âge d'Homme, 2002, p.34)


Stanley Kubrick au sujet du Napoléon d’Abel Gance

«J’ai récemment vu le film d’Abel Gance, qui a acquis une certaine réputation auprès des spécialistes au fil des ans, et je l’ai trouvé vraiment mauvais. Techniquement, il était en avance sur son temps et a introduit beaucoup de nouvelles techniques – en fait, Eisenstein a dit qu’il avait stimulé son intérêt initial pour le montage - mais au niveau de l’histoire et de l’interprétation, c’est un film très rudimentaire.»

(«The Film Director as Superstar» de Joselph Gelmis, Doubleday & Compagny, 1970, p.298)


Lucio Fulci au sujet de Shining et de Stanley Kubrick

«Je me fiche pas mal du type qui devient fou dans Shining, de toutes façons je déteste Shining, que je trouve raté: Kubrick est un homme très froid et des films comme Orange Mécanique ou Les sentiers de la gloire étaient réussis parce que le langage froid correspondait au sujet. Kubrick est un génie, mais il n’est pas fait pour le cinéma d’épouvante, son film manque d’émotions.»

(«L'écran fantastique» No 22, 1981)


Christophe Gans à propos de Cutthroat Island de Renny Harlin

«C’est pour moi le summum de la nullité! C’est le film le plus mal fait, le plus inepte que l’on ait pu voir récemment sur un écran. Il est non seulement symptomatique du manque de talent de Renny Harlin, mais aussi de l’aberration dans laquelle se trouvent les studios à l’heure actuelle. Comment peut-on financer un film de 110 millions de dollars qui ait l’air d'une série Z? Les plans ne sont pas faits correctement, la photographie est dégueulasse, et surtout, le montage est aberrant: au lieu de choisir une idée d’axe pour chaque scène, ils les ont tous montés, ce qui fait qu’il est impossible de suivre ce qui se passe à l’écran... les plans se contredisent les uns les autres et on ne prend aucun plaisir à l’action, dans la mesure où celle-ci n’est jamais claire et lisible. Ce film cristallise vraiment tout ce qu’il y a de pire dans l’industrie hollywoodienne d’aujourd’hui. C’est vraiment le film qu’il faut montrer aux cinéastes en herbe pour qu’ils apprennent ce qu’il ne faut pas faire.»

(Christophe Gans en 1996 dans le magazine S.F.X.)

John Boorman à propos d’Armageddon

«Quand on regarde un film comme Armageddon, il est incroyable de voir à quel point plus aucune règle n'est appliquée. C'est un cinéma que j'ai surnommé «néo-brutalité», et qui fonctionne en fait sur une sorte de naïveté, parce qu’il est fait par des cinéastes qui, par défaut ou par choix, n’ont pas voulu apprendre les règles de base du langage cinématographique. Leur grammaire visuelle est celle de MTV, où, en gros, tous les coups sont permis si l’on peut arriver à un résultat excitant. Parce que j’ai une assez haute idée du cinéma, et que quand je vois un film tourné comme ça, j’ai l’impression de voir un vieillard qui essaie de s’habiller comme un ado.»

(«Leçons de Cinéma» de Laurent Tirard)


John Carpenter © dr
John Carpenter sur Howard Hawks, John Ford et The Searchers

Question: «Il y a des liens de parenté entre votre travail et celui d’Howard Hawks, mais aussi avec celui de John Ford ou bien encore avec l’œuvre de Raoul Walsh...»

Réponse: «Hawks a toujours eu une grande influence sur mon travail. J’apprécie John Ford mais je n’aime pas son sentimentalisme, son romantisme ni son respect pour les valeurs morales. Les films de Hawks sont plus ambigus.»

Question: «Vous n’aimez pas La prisonnière du désert

Réponse: «Non parce que ça devient insupportablement chiant au milieu. On est d’abord ébloui par la mise en place, mais à partir du moment où le personnage de Jeffrey Hunter se marie à l’indienne et qu’il est exclu, ça devient n’importe quoi. Ensuite on retourne au mariage et il y a ce combat ridicule. C’est complètement stupide! Je pense que John Ford est surestimé en tant que réalisateur. Il a fait de grands films mais c’est impossible de revoir la cavalry trilogy. Le Massacre de Fort Apache était pas mal mais ce n’est pas La Rivière rouge de Hawks non plus.»

(Hors Série John Carpenter, Mad Movies)

Bertrand Tavernier sur Batman Begins

«Quand je vois Batman Begins, je me dis qu’il y a trente réalisateurs américains interchangeables qui pourraient faire ça: où est la place de Christopher Nolan, cinéaste pourtant intéressant, dans ce dispositif de mise en scène et cette masse d’effets spéciaux? Le problème est le suivant: Walsh et Hawks étaient nourris des classiques de la littérature antique, la nouvelle génération, elle, est gavée de sous-produits, de comics, ou de films Z de la Shaw Brothers. Je ne peux pas dire que je sois foncièrement contre, puisque cette culture peut donner de grands films comme ceux de Quentin Tarantino (encore que Kill Bill me semble vide et marque les limites de ces sources d'inspiration), mais aussi beaucoup d'œuvres décervelées.»


Mathieu Kassovitz © dr
Mathieu Kassovitz sur Kill Bill

«Je pense que Tarantino se sert du manque de culture cinématographique de ses spectateurs. Tous ses films (tous, y compris ceux qu’il a seulement écrit) sont directement inspirés (copiés) par des petits films de série B qu’il a visionnés en travaillant dans un vidéo club. J'ai la même culture, nous sommes de la même génération et j'ai vu les mêmes films. Je n'ai pris aucun plaisir à voir Reservoir Dogs à sa sortie car j'avais vu le film original 10 ans plus tôt. Je comprends l'intérêt que peut susciter de tels films si on ne connaît pas les originaux, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver le talent de Tarantino fortement réduit par l'existence de ces films, la copie trop évidente gâche mon plaisir de spectateur et me fâche en tant que réalisateur. Le seul film perso qu'il ait fait jusqu'à aujourd'hui reste Jackie Brown qui est également inspiré des films de «blaxploitation» des années 70 mais qui garde une couleur très personnelle avec un scénario réel et bien structuré, une cinématographie plus traditionnelle mais qui me touche plus, une violence humaine et des personnages forts et ancrés dans une réalité qui me concerne. Quant à Kill Bill, c'est vraiment le résultat d'une vie de cinéphile décérébré, sans AUCUNE inspiration perso, bourré de violence gratuite et souvent dirigée sur ou autour des enfants, c'est à la mode, c'est branché, c'est sans intérêt, j'ai dormi la moitié du temps, le reste m'a extrêmement énervé. Il pille cinématographiquement toute une partie du cinéma japonais et asiatique en général sans aucune inspiration. C’est vide, con, et méchant. Le pire est que les originaux sont tellement meilleurs, n'ont pas coûté 55 M$ et n’ont jamais eu la prétention d’être à la mode, c'était des films honnêtes et violents car ils racontaient des histoires (…) Kill Bill n'a rien des originaux et non seulement il vole mais il ne respecte pas la force et la beauté profonde de ces centaines de films de série B qui ont également forgé mes goûts cinématographiques. Quentin est un manipulateur, malhonnête envers le cinéma qu'il dit respecter car il n’a apparemment pas les capacités intellectuelles de créer son propre univers. Car l’univers Tarantino n’est pas SON univers, c’est celui des autres...»


David Cronenberg sur Kramer vs Kramer

«The Brood était ma version de Kramer vs Kramer. J’ai vraiment essayé de saisir la réalité, avec un R majuscule, de ce genre de situation. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai du mépris pour Kramer… . C’est un film faux, artificiel, sucré. Pour moi, il y a là-dedans des moments incroyables, ridicules, qui sonnent complètement faux sur le plan émotif si vous avez déjà vécu une situation comme celle-là. Je ne plaisante pas quand je dis que The Brood me semble être un film plus réaliste, voir naturaliste, que Kramer…»

(David Cronenberg: interviews with Serge Grünberg, Lexus, Londres, 2006)


Luis Bunuel écrivant sur Metropolis

«Ceux qui considèrent le cinéma comme un discret conteur d’histoires éprouveront avec Metropolis une profonde déception. Ce qui nous est raconté est trivial, ampoulé, pédant, d’un romantisme suranné. Mais, si à l’anecdote nous préférons le fond «plastico-photogénique» du film, alors Metropolis comblera tous les vœux, nous émerveillera comme le plus merveilleux livre d’images qui se puisse composer (…)»

(Luis Bunuel, Gaceta Literaria, Madrid, 1927-1928)


Bertrand Blier à propos de P.T. Anderson et James Gray

«Même P.T Anderson, son histoire de pétrole, c’est très beau, mais c’est trop long, pas d’amour pas de femme. Il y a cet espèce de fou furieux formidable de Day Lewis mais une absence d’humour totale. Par exemple, James Gray est merveilleux, mais son polar avec les deux frères, l’un flic, l’autre gangster... enfin, il y a des scènes formidables mais il n’y a rien à raconter. Ce sont des gens qui ont beaucoup de talent, mais on a l’impression que la machine hollywoodienne leur est passée dessus...»

(Entrevue avec Bertrand Blier, dvdrama)

Ken Russell sur Frenzy

«C'est terriblement mal joué. Cette scène (celle de l’étranglement dans l’agence matrimoniale) pourrait appartenir à un film de la série des Carry On. Je ne comprends pas pourquoi Barry Foster, excellent acteur par ailleurs, joue si mal ici. En réalité, j'ai vu ce film mais je ne me souviens pas du tout de cette scène: je pense qu'elle a été coupée en Angleterre, elle est tellement mauvaise... l’actrice est vraiment atroce au-delà de tout ce que l'on peut imaginer, comme dans une parodie, finalement. De toute façon, Hitchcock n'a réalisé qu’un seul bon film: L’inconnu du Nord Express, remarquablement joué, extrêmement bien structuré, avec ce script si précis... je peux le regarder en boucle.»

(Repérages, Numéro 19)


Michael Haneke © dr
Michael Haneke pour Orange Mécanique, Salo ou les 120 journées de Sodome et Quentin Tarantino

«Je me rappelle que je disais sur le tournage de Funny Games que si le film devient un succès, il ne peut le devenir qu’en raison d’un malentendu. C’est un peu le même problème que Kubrick a eu avec Orange Mécanique. Il était horrifié à l’idée de savoir que les spectateurs aient vu un film fort et complaisant. Je suis un grand fan de Stanley Kubrick. Ce n’est pas une critique mais lorsque j’ai découvert Orange Mécanique la première fois, j’ai trouvé le film dangereux parce qu’il rend son propos sur la violence très attirant avec l’utilisation virtuose de la musique ou le fait que les délinquants dansent pour désamorcer la violence. Kubrick était choqué par les effets que son film a générés. Il n’avait pas prémédité ça. Il a pensé à détruire le film mais ce n’était pas possible. Orange Mécanique reste et restera un immense malentendu.»
«(Salo ou les 120 journées de Sodome) c’est l’inverse de Orange Mécanique. Parce que Pasolini sait ce qu’il fait. C’est le meilleur film sur la violence qui existe. Une violence insupportable, évidemment. Je ne dirais pas que le film me fascine parce que ce serait déplacé. Je ne l’ai vu qu’une seule fois de ma vie, lorsqu’il est sorti en salles. Et le résultat m’a tellement choqué que ça m’a rendu malade pendant plusieurs jours. J’ai acheté le DVD et je n’ai toujours osé le revoir. Je pense d’ailleurs que je ne le reverrai jamais. Ça m’avait tourmenté à l’époque et je pense avoir totalement saisi les intentions de Pasolini. Je n’ai plus besoin de le revoir. C’était le plus grand et le plus fort événement que j’ai vécu au cinéma».
«Les films de Tarantino sont un peu irresponsables. C’est la façon américaine de penser parce que vous ne pouvez pas parler avec Tarantino sur ce sujet. Il vous prendra pour un idiot. Il ne comprendrait pas. Lui et John Woo sont néanmoins de très grands maîtres de leur métier. J’ai lu une interview de John Woo où il disait être un grand fan de Fred Astaire et que de fait, il faisait à la violence ce qu’Astaire faisait avec ses jambes. Je pense que lorsqu’il assène ce genre de remarques, il n’est même pas cynique. Ces cinéastes prennent le cinéma pour un support immatériel. Ça ne parle pas de la réalité donc c’est un moyen de faire ce qu’on veut. Si on a cette position, on ne peut pas discuter. Cela équivaut à une discussion entre un croyant et un non-croyant.»


Jacques Rivette sur Funny Games

«Quelle honte! Et quelle ordure! J’avais bien aimé son premier film, Le Septième continent, de moins en moins les suivants. Celui-ci est abject, pas de la même manière que John Woo mais ces deux-là, je les marie. Et je n’irai pas voir leurs enfants! C’est pire que Kubrick avec Orange mécanique, un film que je hais également non pour des raisons de cinéma mais pour des raisons de morale. Je me souviens qu’à la sortie, Jacques Demy était scandalisé à en pleurer. Kubrick est une machine, un mutant ou un Martien. Il n’a aucun sentiment humain. Ça devient formidable quand cette machine filme d’autres machines, comme dans 2001….»

(Jacques Rivette – La séquence du spectateur, par Frédéric Bonnaud, Les Inrocks, 25 mars 1998)


John Schlesinger à propos de Tales of Hoffmann

«Je déteste. C’est vulgaire jusqu’à l’écoeurement. J’ai vu le film juste avant de mettre en scène le ballet à Covent Garden et je me suis rendu compte que cette adaptation s’attache plus aux apparences qu’à la substance. Les décors et les costumes sont d’un mauvais goût absolu.»

(John Schlesinger, Cinéfeel, Première, #143, p.115)


Clint Eastwood sur New York, New York

«Je n’ai pas aimé du tout. Ce n’est pas, selon moi, le meilleur film de Scorsese, que je préfère plus stylisé, comme dans Raging Bull ou After Hours. Mean Streets reste son film le plus achevé.»

(Clint Eastwood, Cinéfeel, Première, No 121, avril 1987, p. 143)


John McTiernan à propos de RoboCop

«Techniquement, RoboCop est un film extraordinaire. Par contre, je suis moins admiratif quant au contenu. Verhoeven nous livre une vision du monde si sombre qu'elle me semble réellement corrosive. Terriblement néfaste. Il y a dans RoboCop une désespérance terrible, une colère intolérable. Je ne dis pas que RoboCop est cruel au sens où l'assassinat du jeune flic par le gang est cruel, non. J'ai davantage de problèmes avec le personnage incarné par Ronnie Cox, le promoteur du programme RoboCop. Il est montré tout d'abord comme une victime des ambitions de son jeune collègue; apparemment, c'est un brave homme. Et puis voilà que, volontairement, il est sacrifié à l'idéologie de Verhoeven: il se retrouve à la tête du gang. Cette façon de jouer avec les personnages est tellement pessimiste... Elle est sans doute exacte. Mais choisir cette vision du monde, la donner à digérer aux spectateurs, n'est pas bénéfique. Je pense qu'il est toujours possible d'imaginer des films qui traitent du Mal, d'un mal social, tout en réaffirmant sans cesse le goût de la vie. John Ford le fait entre autres dans Les raisins de la colère. Le film est plein d'une rage véritablement politique mais il émet une solution aux problèmes en prônant la persévérance et le courage. En cela la position de John Ford vis-à-vis de son public était plus responsable. Contrairement à RoboCop, mes films ne sont jamais sociaux... la vision des choses dans RoboCop est abominable.»


Paul Verhoeven à propos de L’Année dernière à Marienbad

«Je m’y suis précipité dès la sortie car j’admirais beaucoup Alain Resnais: j’avais vu Hiroshima mon amour au moins dix fois. J’habitais alors en France. Mon premier court métrage essayait carrément de ressembler à Hiroshima… Et dans le deuxième, j’avais cherché à faire le même style de photo que celui d’À bout de souffle. Mais j’ai été très déçu par L’Année dernière…, c’était si artificiel que cela ne voulait plus rien dire pour moi.»

(Paul Verhoeven, Cinéfeel, Première, #136, p.113)


François Truffaut sur Le dernier tango à Paris

«C’est un film que j’admire mais je ne l’aime pas. Certaines séquences (celle de la visite à sa femme morte, par exemple) me semblent avoir été réalisées pour épater l’intelligentsia des grandes capitales du monde entier. C’est un film très intelligent, cela on ne peut pas en douter. Mais je ne l’aime pas.»

(«Le cinéma est un jeu», entretien avec François Truffaut, par André Leroux et Laurent Gagliardi, Cinéma Québec, décembre / janvier 1974)


Roman Polanski © dr
Roman Polanski à propos de la «Nouvelle Vague»

«On réalisait des films pour presque rien, et le plus souvent fort mal, sous la responsabilité de jeunes amateurs sans expérience. (...) Le snobisme intellectuel jouait aussi son rôle. Répugnant à passer pour des béotiens, les critiques encensaient des films «cérébraux» qui n’étaient pas seulement mal ficelés et lents, mais encore prétentieux et soporifiques. Je ne fis jamais partie de cette «Nouvelle Vague» et ne désirais pas en être. Je me voulais trop professionnel - et j’étais trop perfectionniste. Si je jugeai charmant Les 400 coups de Truffaut et séduisant À bout de souffle de Godard, les autres films, en dehors des premières œuvres de Claude Chabrol, m’effaraient par leur amateurisme et leur pauvreté technique. Assister à leur projection était pour moi une torture insupportable.»


Jean-Marie Straub sur Roberto Rossellini

«A une époque, j’aimais certains de ses films personnels, comme par exemple Voyage en Italie. Mais finalement, je le trouve dégoûtant. Je déteste Rossellini. Même ses soi-disant films historiques comme La Prise de pouvoir par Louis XIV ou Socrate. Sous prétexte de parler d’histoire, il ne fait que montrer la pompe et les rouages de la cour. On sort de ces films les mains vides. La Prise de pouvoir... fuit son sujet. Et donc c’est dégoûtant parce que c’est purement décoratif. Il n’apprend rien. Ces films disent quelque chose sur la télévision italienne et sur les Chrétiens-Démocrates italiens, et c’est tout. Même si Rossellini dément être chrétien-démocrate, c’est le sujet de ses films.»

(«Entretien avec Danièle Huillet et Jean-Marie Straub», par Joel Rogers, Jump Cut, 1976)


Rossellini sur Godard et Antonioni

Extrait tiré d’une biographie de Rossellini:

«Toutefois, Roberto ne vit jamais Les Carabiniers, ou n’importe quel autre film de Godard, à l’exception de Vivre sa vie, et encore, seulement à l’insistance de Jean Gruault. Rendu au début des années 60, voir des films l’ennuyait, sauf pour de rares exceptions comme Les 400 coups, Jules et Jim, Fahrenheit 451 ou n’importe quel film de Renoir. «Il est sorti furieux (de Vivre sa vie) et m’a amené à l’écart pour m’engueuler pour lui avoir fait perdre son temps », raconte Gruault. «Le lendemain, nous nous rencontrèrent à nouveau, Jean-Luc et moi, au Raphael. Jean-Luc devait conduire Roberto à Orly et je devais payer sa note d’hôtel qui était assez exorbitante (ça allait me prendre d’énormes efforts dans les mois suivants pour être finalement remboursé). En route vers l’aéroport, il maintint un silence lourd de menace. Soudainement, il cria, dans une voix aigüe de Cassandre annonçant prophétiquement la chute de Troie (…): «Jean-Luc, tu es au bord de l’antonionisme!» L’insulte était telle que le malheureux Godard perdit un instant le contrôle de sa bagnole et faillit nous expédier dans le décor.»

(«The Adventures of Roberto Rossellini: His Life and Films» par Tag Gallagher, p. 553)


Ingmar Bergman au sujet d’Antonioni

«Il a fait deux chefs d’oeuvres, mais le reste ne vaut pas le détour. L’un des deux est Blow-Up, que j’ai vu plusieurs fois, et l’autre est La Notte, qui est aussi un film merveilleux, même si c’est surtout à cause de la jeune Jeanne Moreau. Dans ma collection, j’ai aussi une copie de Il Grido, mais c’est un film horriblement ennuyant. Je veux dire, terriblement triste. Vous savez, Antonioni n’a jamais vraiment appris le métier. Il s’est concentré sur des images individuelles, sans jamais réaliser qu’un film est un flot d’images rythmiques en mouvement. Bien sûr, il y a des moments brillants dans ses films. Mais je ne ressens rien pour L’Avventura, par exemple. Seulement de l’indifférence. Je n’ai jamais compris pourquoi Antonioni était si incroyablement applaudi. Et je trouvais que sa muse, Monica Vitti, était une très mauvaise actrice.»


Claude Lelouch parlant de Robert Bresson

«J’aime bien Bresson pour ses recherches, ses figures de style, je l’aime bien comme cas d’école. C’est intéressant, mais Dieu que c’est austère! Il n’y a guère que le Condamné à mort... à sauver. La prison, c’était un sujet pour lui; la vie ne peut pas entrer dans une prison, à cause des murs. Bresson était dans son élément. Il a réalisé un chef d’oeuvre. Mais son Pickpocket est nul. Il n’y a pas plus bouillonnant, pas plus éveillé qu’un pickpocket. Dès qu’il sort en extérieurs, Bresson est inregardable. Ses films seraient supportables si on y faisait rentrer un peu de vie, si les gens parlaient juste, s’il se passait quelque chose, si les personnages souriaient de temps en temps, s’ils ne faisaient pas systématiquement tout le temps la gueule.»

(«Claude Lelouch - Ces années-là», Claude Baignères et Sylvie Pérez, Fayard, 2008, p.294-295)


Claude Chabrol sur Robert Bresson

«Bresson, je trouve que - contrairement à ce que les gens pensent -, c’est extrêmement souligné... Il prend un peu les gens pour des couillons, et souligne TOUT. Alors comme il souligne tout, c’est l’ensemble qui est souligné, et ce qui est important n’apparaît plus. Il ne peut pas y avoir une porte qui s’ouvre chez Bresson sans qu’il y ait un gros plan de la poignée de porte qui tourne. Alors, c’est vrai que c’est assez beau une poignée de porte qui tourne, et il a pris énormément de soin à choisir la poignée de porte, mais bon – quand il y en a douze dans un film, on commence à en avoir assez... Par contre, il a fait un film très curieux qui était Pickpocket, un film qui était presque entièrement filmé à hauteur de braguette... La raison était simple; c’était pour montrer le type qui était en train de piquer, mais quand même, ça faisait une drôle d’impression de voir un film entièrement axé sur... On pourrait presque avoir une interprétation psychanalytique de Pickpocket... Le moment le plus beau – vraiment magnifique!– de Pickpocket – qui est la scène dans la gare - est en contradiction formelle avec toutes les théories de Bresson. C’est un morceau de bravoure typique!»

(«Les grands entretiens du cercle», Claude Chabrol interviewé par Laure Adler, France 2, le 30 septembre 1997)


Jean-Luc Godard © dr
Jean-Luc Godard parlant de plusieurs cinéastes chez Thierry Ardisson

- Thierry Ardisson: Vous n’aimez pas du tout Steven Spielberg. Pourquoi?

- Jean-Luc Godard: Parce qu'il pense qu’il est un meilleur metteur en scène qu’il n'est.

- T.A.: Et Lucas, c’est pareil?

- J-L.G.: Oh, Lucas, c’est encore pire. Ceci dit c'est un bricoleur... un ingénieur plutôt.

- T.A.: Vous avez dit que tout ce qu’il met dans ses films, c'est de chez Darty...

- J-L.G.: Ah mais Darty est infiniment supérieur à Georges Lucas.

- T.A.: Et Cimino, vous dites qu’il met le pognon dans les limousines...

- J-L.G.: Mais tous les grands films hollywoodiens mettent l’argent dans les limousines qui amènent les acteurs sur place. Vous allez sur le tournage d’un grand film américain, vous voyez quarante chauffeurs, qui du reste arrêtent à telle ou telle heure... L’argent va là, ils sont syndiqués à la mafia et puis c'est tout...

- T.A.: Et Fellini? Pas mal quand même!

- J-L.G.: Ah oui, c’est un... c’est un homme de cirque. Mais il y a un épisode que l’on ne connaît pas, Fellini a commencé avec Rossellini. Et dans un des premiers numéros des Cahiers, je me souviens ça m'avait beaucoup impressionné, il avait joué dans Amore - Le Miracle, l’histoire d’une femme qui croit être enceinte d’un ange qui était joué par Anna Magnani, alors qu’elle a juste été violée par un romanichel que jouait Federico Fellini - et Fellini racontait son expérience et disait: «C’est merveilleux le cinéma, je ne savais pas que c’était comme ça! On arrive, on fait rien, on dit: «Je voudrais un sandwich!» et aussitôt quelqu’un amène un sandwich, «Je voudrais un verre de champagne!» et on vous l’accorde... Alors je vais continuer».

- T.A.: Et Kubrick?

- J-L.G.: Je respecte, je respecte parce qu’il est méticuleux.

- T.A.: Woody Allen?

- J-L.G.: Je respecte parce qu’il est seul. Il aime les salles de montage parce qu’il fait chaud dedans.

- T.A.: Et vous dites que Claude Berri, c’est moins bien que Duvivier...

- J-L.G.: C'est un meilleur producteur que Duvivier...

- T.A.: ... mais c’est un moins bon réalisateur...

- J-L.G.: Oui... mais certains des gens que j’admire se fâchent avec moi. Je me suis fâché avec Truffaut quand je lui ai dit: «Écoute, je trouve que tes films sont beaucoup moins bien faits que les miens. Par contre je suis beaucoup moins bon scénariste». Et à Claude, je lui dis: «Tu es infiniment meilleur producteur que moi». Et il se fâche.

- T.A.: Et il vous manque Truffaut là?

- J-L.G.: Je dirais qu’il me protège à sa manière, toujours.

- T.A.: Et Carax, vous en pensez quoi de Carax?

- J-L.G.: Ben je lui souhaite du courage...

- T.A.: Et Besson?

- J-L.G.: C’est bien, ça pourrait s’avouer pas mal.

(Extrait d’une interview filmée chez Thierry Ardisson, en 1987)


1 commentaire:

  1. Les citations ici sont encore plus grinçantes et formidables.Si Marlon Brando disait que les cinéastes étaient des imbéciles, ces citations montrent des observations réfléchies de cinéastes qui sont totalement conscients de ce qui se passe dans le cinéma.C'est rassurant.(peut-être faudrait parler au passé?)

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